Louange et Ascension en Libre Mouvance

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Publié initialement dans le magazine japonais BEEAST

« Tout créateur expérimente péniblement le gouffre qu’il peut y avoir entre sa vision intérieure et l’expression ultime de celle-ci. »*
– Isaac Bashevis Singer

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J’ai quitté Montréal alors que l’aube prenait doucement la forme de couleurs éclatantes et magnifiques d’une journée insinuant doucement ses lumières à travers l’obscurité dont les teintes nocturnes s’évanouissaient, passant du violet au bleu jusqu’à l’orange. Ce lumineux canevas fait de vives teintes donnait à l’horizon l’aspect d’un ciel de velours réconfortant, tel un miracle, spectaculaire exposition de splendeurs tellement radieuses que tu comprends alors à quel point tu es béni de les voir, de te perdre en elles; souhaitant avoir eu assez de foi pour suspendre le temps et qu’il cesse de changer si rapidement, espérant que ces images restent, en pleine contemplation que j’étais, ne serait-ce que pour un instant.

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J’ai disparu dans le silence de cet éblouissant matin, moment de paix, fait de grands espoirs et de promesses. L’aube a toujours été le moment où j’aime le plus quitter la maison; il est trop tôt pour dire au revoir avec peine et trop tard pour retenir la nuit de façon égoïste. C’est pourquoi je trouve ce moment très romantique. Tu demeures dans le fragile équilibre de l’innocence et de l’incertitude. Ou peut-être que c’est pour ça que je n’ai jamais été très bon pour dire au revoir. Je n’ai jamais aimé les serments confessés dans l’ombre, pas plus que les faux secrets créés avec une part de mystère à dévoiler. Même s’il m’est arrivé de lancer des pièces de monnaie dans les fontaines, la foi ne connaît pas le bon ou le mauvais, mais le coeur oui. C’est pourquoi c’était bon pour moi de partir sans la sensation de laisser quiconque derrière. De simplement partir, de marcher dans cette joyeuse lueur d’un meilleur retour, physiquement rafraîchi et émotionnellement régénéré, respirant la vie pour la merveille qu’elle est, pour les beautés que j’embrasse librement maintenant, ou du moins, que j’accepte plus souvent que je ne l’ai jamais fait auparavant…

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L’idée d’avoir un temps de repos, même si je n’ai jamais vraiment très bien accueilli ça dans le passé, était plus que nécessaire cette fois et je le savais plus que personne d’autre. Pour être honnête, écrire « Between Illness and Migration: Tokyo Sessions » m’a demandé vraiment beaucoup, probablement plus que je ne le comprendrai jamais ou ne l’admettrai. Mais ce fut le cas. Et autant je n’ai jamais passé de moments aussi merveilleux et édifiants en studio qu’en produisant « Tokyo Sessions », autant je ne me suis jamais senti aussi proche d’exprimer artistiquement ce que mon coeur et mon âme se languissaient si profondément de pouvoir le faire comme à travers « Tokyo Sessions » pendant l’écriture et l’enregistrement. De la même façon, je n’ai jamais été aussi proche des autres membres du groupe que pendant tout le processus de « Tokyo Sessions », faisant face à de vieux démons, lâchant prise sur les fantômes du passé, cédant à toutes les émotions et les sentiments qui n’avaient de cesse de nous briser intérieurement depuis si longtemps. Ce fut une odyssée incroyablement intense et emplie de turbulences pour moi. « Il n’y a pas de pire agonie que de garder en soi une histoire jamais racontée », dit Maya Angelou. C’est pourquoi je sais qu’au-delà de l’horrible douleur que ce fut parfois, tout le voyage de « Between Illness and Migration » fut extraordinairement libérateur pour moi. 

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Ainsi, aussi épuisé que j’étais quand j’ai conclu le voyage, je réalise maintenant que j’ai trouvé bien plus pour ma vie que les chaînes émotionnelles dont je me suis libéré. Comme l’auteur américain Charles Bukowski a écrit : « Si vous perdez votre âme et vous le savez, alors vous avez encore une âme à perdre ». Pour vivre vraiment, tu dois mourir à toi-même. Du moins c’est comme ça que je me suis senti les derniers mois, depuis notre dernier concert au Japon jusqu’à l’achèvement de l’album « Tokyo Sessions » que ce concert a inspiré. Je suis mort d’une chanson à l’autre, me perdant sans compromis dans l’essence spirituelle de l’album, lâchant complètement prise, perdant le contrôle dans le flot exaltant et creux de sa généreuse immersion. Peu importe si je ne devais jamais être capable de remonter à la surface, j’étais prêt à donner plus que je savais posséder. D’une chanson à l’autre, dépouillé de ce qui était ou avait pour habitude d’être, sauvé de tout ce que je retenais si fermement, libéré du chagrin, de la culpabilité et de la peine avec quoi j’avais volontairement laissé mon âme se nourrir.

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J’ai trouvé dans « Tokyo Sessions » cette résurrection émotionnelle qui repose dans l’abandon. Tout comme la migration est la renaissance émancipatrice de soi-même, celle-ci vit dans chaque petit son, bruit, murmure et mot dans lesquels je suis mort et en qui j’ai trouvé la vie. Tout comme l’esthétique de la pochette de l’album sur laquelle figure des pruniers fleurissants si magnifiquement capturés par ma chère soeur Sakiko, qui représentent parfaitement l’incarnation vivante des mots du poète chilien Pablo Neruda parlant de l’espoir et du salut : « Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du printemps. » Encore une fois, c’est la parfaite représentation de ce que le pèlerinage de « Between Illness and Migration » signifie pour moi maintenant qu’il est complété, avec « Tokyo Sessions » comme son incarnation définitive.

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En fait, c’est pourquoi « Tokyo Sessions » pourrait être le dernier album que j’écris et pourquoi je serais serein si tel était le cas, la nature de la mort et de la renaissance, de la migration et de l’émancipation étant parfaitement incarnée par cette paisible perspective. C’est quelque chose de bien plus grand que ce que je pourrais penser moi-même, bien plus profond que mes interprétations introspectives, bien plus radiant que toutes mes contemplations faites d’épiphanie. Et c’est alors que je suis assis dans l’avion, regardant à la fenêtre et écoutant le mix final de « Tokyo Sessions », que j’écris ces quelques mots, en partance pour un moment qui m’est propre vers un endroit intime dans les mers des Caraïbes, ouvert à la vie après que je sois mort pour ce qui semble avoir été une procession sans fin de misères auto-infligées. Je peux maintenant entendre une acclamation de joie éternelle émergeant de vieux éloges meurtris et sentir mon esprit s’élever par une action de grâce conçue pour que les nuances éclatent et que les ombres rayonnent.   

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Écoutez la nouvelle incarnation de « Empire of Sorrows » sur « Tokyo Sessions » et vous sentirez immédiatement l’état de coeur et d’âme dont je parle, tout comme vous sentirez comme l’océan brille dans une louange et une ascension en libre mouvance.

Commandez l’album deluxe « Tokyo Sessions » disponible en pré-vente maintenant !

France : http://j.mp/TokyoSessionsFR
Québec : http://j.mp/TokyoSessionsQC

« Le son de l’eau vaut plus que tous les mots des poètes »
– Octavio Paz

*Traduction libre

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Commentaires (3)

  • Aurélie

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    Merci de partager ton point de vue de ce que tu as vu et de nous emporter avec toi dans ton voyage. C’est vraiment beau et inspirant la vision que tu as sur tout ce que tu voix. Au plaisir de te lire car c’est un immense plaisir de te lire à chaque fois, continue de la sorte !! 🙂

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  • Juliette

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    Merci de nous offrir cette perspective aussi intime qui est la tienne Alex. C’est fou de voir comme tu vis les choses avec profondeur et toujours dans la recherche de quelque chose de plus. C’est inspirant dans ce que nous pouvons vivre aussi.

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  • A. Cy

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    De grands Merci pour ses photos ainsi que tout ses moments, ta nature et tes mots qui t’emporte, t’inspire profondément cher Alex, même n’ayant n’avoir jamais eu l’occasion de te rencontrer, c’est toujours un pur bonheur de partager tant de choses avec vous tous, partour sur le net. A bientôt. 🙂 Cy

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